Le traumatisme crânien-encéphalique (TC) est une cause fréquente de mort et de déficience physique et mentale, uniquement devancée, en tant que pathologie neurologique à impact majeur sur la qualité de vie, par l'accident vasculaire cérébral (AVC). Au cours des dix dernières années, le Réseau SARAH d'Hôpitaux de l'Appareil Locomoteur a pris en charge 5.133 patients victimes de TC et 20.422 patients victimes d'AVC. L'âge moyen des patients traumatisés cérébraux était de 30,9 ans, 77,3% d'entre eux étant de sexe masculin. L'âge moyen des patients victimes d'AVC était de 60,3 ans, la proportion hommes/femmes étant égale à 1:1.
Les lésions cérébrales
se produisent à tous âges, mais se rencontrent plus
fréquemment chez les jeunes adultes, entre 15 et 24 ans.
L’incidence est trois à quatre fois supérieure
chez les hommes que chez les femmes. Les accidents de la circulation
sont les principales causes de lésion cérébrale,
devant la violence personnelle.
Les mécanismes responsables de TC sont
de différents types. Lésions contusionnelles par
objet coupant, perforations, fractures du crâne, mouvements
brusques d’accélération et de décélération
et étirement de la masse encéphalique, des vaisseaux
intracrâniens et des méninges (membranes qui recouvrent
le cerveau). Les lésions peuvent être focales ou
généralisées. Les lésions focales
se situent à proximité du traumatisme ou dans des
zones plus éloignées.
Prévention
Le Réseau SARAH a un Centre
de Recherches (CEPES) dont les travaux ont pour objet
la prévention des principales pathologies prises en charge
au SARAH. Un certain nombre
de recherches d’intérêt particulier pour la
prévention du neurotraumatisme y ont déjà
été réalisées. Le respect des règles
de la circulation est la principale mesure de prévention
des TC.
Classification
Les TC peuvent être classés selon
trois types, en fonction de la nature de la blessure du crâne
: traumatisme crânien fermé, fracture avec enfoncement
du crâne et fracture ouverte du crâne. Cette classification
est importante, car elle permet de définir la nécessité
de traitement chirurgical.
Le traumatisme crânien-encéphalique
fermé se caractérise par l’absence de blessure
au crâne, ou au maximum, par une fracture linéaire.
Lorsqu’il n’y a pas de lésion structurelle
macroscopique de l’encéphale, le traumatisme crânien
fermé est connu comme concussion. Les traumatismes crâniens
fermés avec lésion du parenchyme cérébral
peuvent s’accompagner de contusion, lacération, hémorragies
et œdème (gonflement).
Les traumatismes crâniens avec fractures
et enfoncement se caractérisent par la présence
de fragments d’os fracturé enfoncé, comprimant
et lésant le tissu cérébral adjacent. Le
pronostic dépend du degré de la lésion du
tissu encéphalique.
Dans les traumatismes crâniens ouverts,
avec fracture ouverte du crâne, se produit une lacération
des tissus péricrâniens et une communication directe
du scalp vers la masse encéphalique, au travers de fragments
d’os enfoncés ou d’esquilles. Ce type de lésion
est, en général, grave, avec une grande possibilité
de complications infectieuses intracrâniennes.
Pathologie
Lésions Cutanées
et Fractures
Les TC, en fonction du type, peuvent affecter
la peau de la tête, le crâne et/ou le cerveau. Les
lésions cutanées présentent en soi une morbidité
réduite, mais sont en général associées
à des lésions du crâne et du tissu cérébral,
et représentent de plus une cause fréquente d’hémorragie
et d’infection.
Les fractures du crâne peuvent se situer
sur la voûte ou à la base de crâne. Les fractures
de la voûte peuvent être linéaires, en dépression
ou composées. Les fractures linéaires sont courantes
et n’exigent pas de traitement particulier. Néanmoins,
elles doivent retenir l’attention, car elles peuvent signaler
un TC d’une certaine gravité. Il convient donc de
mettre le patient en observation durant les 12 ou 24 premières
heures de la phase aiguë. Durant cette période, des
examens neurologiques doivent être faits régulièrement,
la diminution du niveau de conscience ou des altérations
à l’examen physique pouvant révéler
la présence d’un hématome intracrânien.
Les fractures en dépression du crâne
sont le résultat de lésions provoquées par
des objets à faible vitesse. La table interne du crâne
est plus affectée que la table externe. Ces fractures peuvent
entraîner une lacération de la membrane de revêtement
externe du cerveau ou du tissu cérébral. Le traitement
chirurgical doit être envisagé, surtout si la dépression
est supérieure à l’épaisseur de l’os
du crâne.
Les fractures composées se reconnaissent
à la lacération de l’os. Le traitement est
essentiellement le même que pour les fractures simples,
linéaires, avec traitement approprié des plaies
cutanées et fermeture de la lacération. Les fractures
de la base du crâne sont les plus fréquentes et,
comme les fractures linéaires, indiquent que le TC a été
intense. Elles peuvent engendrer des fistules liquidiennes, à
haut risque de méningite, abcès et autres infections
intracrâniennes. Les fractures de la base peuvent également
occasionner des lésions des nerfs crâniens, dont
elle est le siège des foramens.
Lésions Encéphaliques
Les lésions encéphaliques peuvent
être primaires ou secondaires. Les lésions primaires
sont le résultat de l’impact et existent généralement
dès le moment de l’accident. Les lésions secondaires
sont d’évolution progressive, résultent d’hématome,
d’œdème, d’ischémie ou d’hypoxie,
et peuvent être à l’origine de lésions
neurologiques tardives.
Le tissu cérébral peut subir une
lésion directement à l’endroit de l’impact
(lésion par « coup ») ou à des points
diamétralement opposés à l’impact (lésion
par « contre-coup »). Les portions inférieures
des lobes frontaux et temporaux sont les zones les plus atteintes
par les lésions par «contrecoup », car les
os de la base du crâne, essentiellement dans les fosses
temporale et frontale, présentent une superficie rugueuse,
pleine d’irrégularités anatomiques.
Types de Lésions
Cérébrales
La concussion est le traumatisme crânien
fermé sans lésion structurelle macroscopique de
l’encéphale. On observe une altération temporaire
de la fonction cérébrale, plus évidente aussitôt
après le traumatisme, et s’améliorant dans
les 24 heures. Elle peut s’accompagner de bradycardie, hypotension
et hypersudation. La concussion se caractérise par une
perte de connaissance, fréquente mais non systématique,
amnésie (oubli) des faits, léthargie temporaire,
irritabilité et trouble de la mémoire. Elle n’est
pas fatale. La perte de connaissance doit être brève,
la durée maximale en étant arbitrairement fixée
à 6 heures.
La lésion axonale diffuse se produit
lorsque la perte de connaissance est supérieure à
6 heures. Elle se caractérise par un étirement des
neurones, consécutif aux mouvements subits d’accélération
et de décélération. La perte de connaissance
peut être divisée, en fonction de la durée
du coma, et le pronostic dépend de sa durée. Les
comas prolongés peuvent être associés à
des signes focaux ou à un œdème, et le pronostic
est alors défavorable. Les lésions sont microscopiques
et, en général, affectent le corps calleux et le
tronc cérébral ou sont diffuses.
Le gonflement cérébral peut se
devoir à un œdème cérébral (augmentation
de la quantité d’eau extravasculaire) ou à
une augmentation de la volémie du cerveau par vasodilatation
anormale. Le gonflement peut être diffus ou focal.
La contusion cérébrale se caractérise
par une lésion structurelle du tissu encéphalique
et peut être observée par scanner du crâne
sous forme de petites zones d’hémorragie. Il n’y
a pas de lésion de la pie-mère ni de l’arachnoïde
(membranes internes revêtant le cerveau). L’œdème
cérébral est courant. Les contusions, en général,
engendrent des altérations neurologiques qui persistent
sur plus de 24 heures. Sur le plan clinique, elles se traduisent
par des déficits neurologiques focaux, comme paralysies,
troubles du langage, de la mémoire et de l’affect
et, plus rarement, des troubles visuels pouvant s’installer
comme séquelles.
Les lacérations du tissu cérébral,
généralement, s’observent en présence
de fractures, même si des mouvements brusques d’accélération
et de décélération peuvent également
occasionner une perte de masse encéphalique. La lacération
des méninges et des vaisseaux intracrâniens est associée
à ce type de lésion et, le plus souvent, provoque
une hémorragie intracrânienne. On observe toujours
la présence de déficits neurologiques, laissant
des séquelles, même si une amélioration peut,
à terme, se produire.
L’hématome épidural (situé
entre la calotte crânienne et la membrane externe de revêtement
du cerveau) s’observe dans 1 à 3% des TC. Ce sont
des lésions associées à des fractures qui
lacèrent l’une des artères ou veines méningées.
La présentation clinique est variable. En général,
on constate une perte de conscience immédiatement après
le traumatisme, avec amélioration en quelques minutes ou
quelques heures. Toutefois, par la suite, le patient entre dans
un état léthargique et il se produit une détérioration
neurologique, voire, en l’absence de traitement, une hernie
cérébrale. Les signes les plus courants à
l’examen physique sont: altérations pupillaires et
hémiparésie (difficulté de mouvement dans
un hémicorps) du côté opposé à
celui de la lésion, associées à des troubles
de la conscience. Le traitement de choix est le drainage de l’hématome.
L’hématome subdural aigu (situé
entre les membranes qui revêtent le cerveau) se rencontre
fréquemment chez les patients victimes de traumatisme par
accélération et décélération
à grandes vitesses. Il peut être simple et présenter
un bon pronostic, dès lors qu’il n’y a pas
de lésion cérébrale associée. Les
hématomes subduraux compliqués sont accompagnés
de lacération du parenchyme et des vaisseaux. Sur le plan
clinique, ils se traduisent en général par un coma
et divers degrés d’altérations focales. Le
traitement peut être chirurgical ou non, en fonction du
type et de l’extension des lésions.
L’hématome subdural chronique est
de manifestation tardive, au moins 20 jours après le traumatisme.
Il se rencontre plus fréquemment chez les enfants et les
personnes âgées. Alcoolisme, épilepsie, usage
d’anticoagulants et dialyse rénale sont autant de
facteurs de prédisposition à cette complication.
Les manifestations cliniques sont insidieuses : confusion, troubles
de la mémoire, apathie et troubles de la personnalité.
Les maux de tête sont fréquents. Le diagnostic est
fait par scanner crânien. Le traitement est généralement
chirurgical.
Diagnostic
Histoire Clinique
Les informations sur l’événement
traumatique doivent être recueillies auprès de témoins
: cause du traumatisme, intensité de l’impact, présence
de symptômes neurologiques, convulsions, diminution du tonus
musculaire, troubles du langage et, surtout, perte de conscience,
sont des éléments essentiels.
Dans les cas de concussion, l’amnésie
est courante. Il peut également se produire une perte de
mémoire rétrograde (faits antérieurs au traumatisme)
ou antérograde (faits postérieurs au traumatisme).
L’amnésie est caractéristique des TC avec
perte de connaissance. L’amnésie d’une durée
supérieure à 24 heures indique un TC de forte intensité
et peut signifier un pronostic moins favorable. L’amnésie
de courte durée ne présente pas une importance majeure
sur le plan clinique.
L’altération de la conscience est
le symptôme le plus fréquent de TC. Une brève
absence est caractéristique de la concussion. Le coma peut
durer des heures, des jours ou des semaines, en fonction de la
gravité et de la localisation de la lésion. Des
lésions diffuses de l’encéphale ou du tronc
encéphalique peuvent entraîner un coma prolongé,
surtout lorsqu’il y a contusion ou lacération de
zones cérébrales étendues, tuméfaction
ou œdème important. L’amélioration du
niveau de conscience est en relation directe avec le degré
de la lésion.
D’intenses maux
de tête, surtout unilatéraux, peuvent indiquer une
lésion expansive intracrânienne exigeant une investigation
neurologique approfondie. Une céphalée intense dans
la région occipitale peut résulter d'une fracture
de l’odontoïde (structure de la seconde vertèbre
s’articulant avec la première).
Examen Physique
L’examen physique initial, durant
la phase aiguë, doit être rapide et objectif. Il ne
faut pas oublier que les patients TC sont polytraumatisés
et souvent également porteurs de traumatismes thoraciques,
abdominaux et de fractures. Il est essentiel, à l’examen,
de rechercher hypoxie, hypotension, hypo ou hyperglicémie,
effets de narcotiques et lésions instables de la colonne
vertébrale et de les traiter en conséquence.
Un examen méticuleux du scalp s’impose,
ainsi que la recherche de fractures. La présence de sang
dans le tympan et l’écoulement de liquide céphalorachidien
par l’oreille ou le nez peuvent signaler des fractures de
la base.
L’examen neurologique initial a
pour objectif d’apprécier les fonctions des hémisphères
cérébraux et du tronc encéphalique. Les examens
complémentaires sont importants afin de suivre l’évolution
(amélioration ou détérioration) de l’état
du patient. Des échelles neurologiques spécifiques
ont été mises au point, permettant de quantifier
les résultats de l’examen neurologique. L’échelle
de coma Glasgow est un instrument de mesure semiquantitatif du
degré d’atteinte cérébrale, également
utile pour l’appréciation du pronostic (Tableau 1).
Elle ne peut toutefois pas être appliquée à
des patients en état de choc ou intoxiqués. Il existe
une échelle modifiée pour enfants (Tableau 2). La
présence de traumatisme oculaire ou médullaire rend
plus difficile l’évaluation. L’échelle
consiste à chiffrer les observations faites à l’examen
neurologique en ce qui concerne la réponse verbale, l’ouverture
des yeux et la réponse motrice.
SYNDROMES NEUROLOGIQUES POST-TC
Après traitement des urgences cliniques
et neurologiques caractérisant les phases initiales de
la prise en charge des personnes victimes de TC, commence un
long processus de rétablissement, aux caractéristiques
très particulières, que peuvent toutefois affecter
des complications souvent inévitables, dûes au
traumatisme.
Épilepsie
L’épilepsie est l’une des
complications les plus courantes du TC. Environ 5% des patients
présentent des crises épileptiques récurrentes.
La fréquence, plus élevée dans les lésions
graves, varie en fonction des caractéristiques de chaque
type de lésion cérébrale. Ces crises ont
une incidence supérieure durant la première semaine,
où l’on parle de crises précoces ou de la
phase aiguë. Lorsqu’elles surviennent après
la première semaine, on parle alors de crises tardives.
Celles-ci apparaissent, dans 50% des cas, durant la première
année suivant le TC, 25% au cours des quatre premières
années et le reste, les années suivantes. Le traitement
est le même que pour les autres épilepsies (antiépileptiques
habituels). Dans certains cas, il n’est pas possible de
contrôler les crises avec des médicaments.
L’usage inadéquat d’antiépileptiques
est relativement fréquent. Il n’est pas rare que
des patients qui n’ont jamais souffert de crises d’épilepsie
ou n’en souffrent que durant la phase aiguë (première
semaine suivant l’accident) soient maintenus sous traitement
durant une longue période. Les études réalisées
jusqu’à ce jour ne montrent pas la nécessité
d’une telle mesure. Outre l’absence d’effet
prophylactique, pour éviter les crises, ces médicaments
ont des effets secondaires et peuvent retarder les mécanismes
de régénération du cerveau.
De même que les épilepsies associées
à une lésion cérébrale identifiable,
l’épilepsie post-traumatique est en général
persistante. Une longue période sans crise peut être
suivie d’une récidive. Ce qui signifie qu’il
est souvent nécesssaire de maintenir le traitement sur
des périodes plus longues que la normale, même
en cas de rémission supérieure à deux ans.
Troubles moteurs
Lorsque la lésion se situe dans la
zone responsable du déclenchement des mouvements volontaires
(tractus pyramidal) les muscles sont spastiques (leur tonus
est augmenté) et les réflexes tendineux exacerbés.
Les patients dont les jambes, les bras, le tronc et le cou sont
atteints (atteinte totale) ont une tétraplégie
spastique et sont davantage dépendants pour l’alimentation,
la toilette, la locomotion. Lorsque se produit une amélioration
au niveau cérébral, même des patients souffrant
de tétraplégie spastique grave durant les semaines
suivant l’accident sont susceptibles de connaître
une amélioration graduelle sur le plan moteur, voire
de retrouver une indépendance totale. L’hémiplégie
spastique se caractérise par des troubles des mouvements
dans un hémicorps, par exemple dans la jambe et le bras
gauches. Ce type d’atteinte a un meilleur pronostic moteur.
On parle de monoplégie lorsque seulement un membre est
atteint. Lorsque la lésion se situe dans les zones qui
modifient ou déterminent les mouvements (tractus extrapyramidal),
on observe des mouvements involontaires (échappant au
contrôle) au détriment des mouvements volontaires.
La fréquence des mouvements involontaires en tant que
séquelles de TC n’est pas bien connue.
L’ataxie est associée à
des lésions cérébellaires ou des voies
cérébellaires et se manifeste par un déficit
de l’équilibre et une incoordination. Le cervelet
peut souffrir une lésion directe et, dans ce cas, on
observe le plus souvent une difficulté de coordination
localisée. L’ataxie généralisée
est fréquemment associée à une anoxie cérébrale
survenue dans les premiers temps suivant l’accident. De
nombreux patients souffrant de tétraplégie spastique
durant les phases aiguës du traumatisme, à terme
deviennent ataxiques.
Hydrocéphalie
L’hydrocéphalie (augmentation
du volume de liquide céphalorachidien dans les cavités
cérébrales) se manifeste par une aggravation de
l’état neurologique, avec maux de tête, vomissements,
confusion mentale et somnolence. Postérieurement, on
observe des difficultés de raisonnement, apathie et ralentissement
psychomoteur. Dans certains cas, peut apparaître une hydrocéphalie
à pression normale, secondaire à la réduction
de la capacité d’absorption du liquide céphalorachidien,
dont la production est constante. Le traitement de l’hydrocéphalie,
lorsqu’il est nécessaire, consiste en médicaments
réduisant la production de liquide céphalorachidien
ou en interventions chirurgicales pour en augmenter l’écoulement.
Dysfonction
Autonomique
Les patients traumatisés
crâniens graves peuvent avoir des accès brusques
de sudation, d’hypertension artérielle, de tachycardie,
de fièvre et d’extension des membres. Ces crises
sont occasionnées par la destruction de certaines connexions
entre le cortex cérébral et l’hypothalamus
et sont généralement déclenchées
par des stimulations douloureuses, y compris par une distension
de la vessie ou des intestins. Le traitement consiste à
éviter ces stimulations. Un certain nombre de médicaments
peut contribuer à soulager les crises.
Lésion
de Nerfs Crâniens
Le TC peut atteindre certains nerfs crâniens.
Le nerf olfactif peut être lésé chez 5%
des patients, qui souffrent alors d’anosmie (perte de
l’odorat). La moitié de ces patients guérissent
totalement. Il recouvrent l’odorat en général
dans les 2 mois, même s’ils peuvent pendant un temps
avoir des problèmes de perception des odeurs. Il n’existe
pas de traitement spécifique. Le nerf optique, qui transmet
la vision de l’œil au cerveau, est souvent atteint
chez 1 ou 2% des patients, provoquant une perte partielle ou
totale de la vision. La cécité est réversible
dans moins de la moitié des cas. La lésion des
nerfs responsables des mouvements des yeux (nerfs 3, 4 et 6,
également dits nerf moteur oculaire commun, nerf pathétique
et nerf moteur oculaire externe) se produit respectivement dans
3%, <1% et 5% des cas. On observe un défaut d’alignement
des yeux (strabisme) causant une vision double. Ces troubles
peuvent disparaître en l’espace d’un an. Leur
persistance au-delà de ce délai peut justifier
une intervention chirurgicale. Le nerf trijumeau, responsable
principalement de la sensibilité de la face peut être
atteint dans certains cas, causant engourdissement et douleur.
Les nerfs 7 (facial, responsable principalement des mouvements
des muscles de la face) et 8 (responsable de l’audition
et de l’équilibre) peuvent être atteints
en cas de fracture de la partie pétreuse de l’os
temporal. Comme dans les autres cas, ces altérations
peuvent également être réversibles.
Troubles Cognitifs
et Neuropsychologiques
Le degré d’atteinte cognitive
(capacité à acquérir des connaissances)
peut aller de l’absence totale de réaction à
des troubles uniquement discernables au moyen de tests spécifiques.
En raison des relations entre le cerveau et
les os du crâne, les régions cérébrales
les plus sujettes aux lésions par TC sont les lobes frontaux
et temporaux. En conséquence, les difficultés
les plus communément observées sont liées
aux fonctions dont sont responsables ces régions du cerveau
(mémoire, planification, fonctions exécutives
et comportement). Il se peut néanmoins qu’une atteinte
à une région quelconque du cerveau soit à
l’origine de troubles neuropsychologiques tels que problèmes
de langage, d’écriture, perception spatiale et
reconnaissance du corps. Les déficits cognitifs et neuropsychologiques
s’améliorent en principe de manière significative
au cours des 6 à 12 premiers mois. Passée cette
période, les progrès sont beaucoup plus lents
et la période de rétablissement peut se prolonger
sur des mois, voire des années. Chez les enfants l’amélioration
est habituellement plus importante et plus durable que chez
l’adulte.
Troubles du
Comportement
Des troubles du comportement tels qu’apathie,
désinhibition, impulsivité, agressivité,
irritabilité, anxiété, troubles du sommeil,
psychose et dépression peuvent se présenter. De
même que les difficultés cognitives et neuropsychologiques,
les troubles du comportement peuvent évoluer et même
disparaître avec le temps. Les cas les plus graves peuvent
exiger un traitement psychologique et médicamenteux.
Autres Complications
Un traumatisme cranio-encéphalique
peut entraîner des complications neuroendocrinales dûes
à des troubles du contrôle hormonal de l’organisme
(qui dépend, principalement, du cerveau), telles que
diabète insipide (le symptôme principal est l’élimination
de grandes quantités d’urine), altérations
liées à la régulation hypothalamique (boulimie,
par exemple) et troubles menstruels. La formation inappropriée
d’os aux hanches, coudes et épaules (ossification
hétérotopique) s’observe également
avec une certaine fréquence. L’incontinence urinaire
est généralement secondaire à la désinhibition,
mais est parfois engendrée par une vessie hyperréflexive
(qui présente des contractions anormales). Chez les patients
plus gravement atteints peut s’observer une dysphagie
(difficulté de déglutition), très souvent
réversible.
Pronostic
Le pronostic, ou prévision du
degré de récupération des patients, est
assez variable. Le principal facteur de pronostic est probablement
le degré de gravité du traumatisme, qui s’apprécie
à partir de divers facteurs, comme la durée de
l‘amnésie post-traumatique, le temps écoulé
jusqu’à ce que le patient commence à répondre
à des ordres verbaux et l’atteinte du niveau de
conscience dans les heures suivant l’accident. Le paramètre
le plus utilisé est l’appréciation de la
gravité et de la durée du trouble de la conscience
après le TC, sur la base de l’Échelle de
Coma Glasgow. Cette échelle chiffre les réponses
du patient aux critères cliniques d’ouverture des
yeux, réponses verbales et réponses motrices,
le total des points pouvant varier de 3 (absence de réponse)
à 15 points (réponse normale) (Tableau
1). Selon cette échelle, les patients atteignant
un score initial entre 3 et 8 points sont classés comme
graves, entre 9 et 12 points comme modérés et
les autres comme légers. Il arrive que des patients porteurs
de TC léger ou modéré présentent
des lésions focales dépistées par examen
neurologique ou radiologique, ce qui induit un pronostic défavorable.
Cette classification de gravité de TC permet de tirer
un certain nombre de conclusions quant au pronostic : le TC
grave entraîne généralement la mort dans
plus de 50% des cas et, parmi les survivants, 30% ont des chances
de récupération moyennes voire bonnes après
6 mois. Dans les TC modérés, le taux de mortalité
est inférieur à 10% et nombreux sont les patients
qui ne conservent que des séquelles légères.
Le TC léger entraîne rarement la mort et le patient
est en général capable de reprendre une vie normale.
L’appréciation du pronostic
n‘est pas précise, et fréquents sont les
cas où la récupération diffère des
prévisions. En plus de l’Échelle de Coma
Glasgow, d’autres facteurs semblent déterminer
un meilleur pronostic : âge < 40ans, TC unique, durée
du coma < 2 semaines, amnésie post-traumatique <
2 semaines, absence de lésions intracérébrales
expansives, absence d’hypertension intracrânienne,
absence d’ischémie ou hypoxie cérébrale,
absence d’atrophie cérébrale et réadaptation
précoce.
La capacité
de récupération cérébrale après
lésions par traumatisme ne fait aucun doute. Cependant,
les mécanismes de cette récupération ne
sont pas complètement connus et un certain nombre de
théories existe à ce sujet. Dès lors que
l’état clinique et neurologique du patient est
stabilisé, le cerveau retrouve des conditions «
idéales » de fonctionnement, indépendantes
de modifications intrinsèques. Les mécanismes
par lesquels le cerveau recouvre certaines fonctions peuvent
être, entre autres, les suivants : certaines zones non
lésées peuvent exercer les fonctions de zones
lésées, des connexions perdues peuvent se rétablir
et il peut se produire une réorganisation des neurotransmetteurs.
Cette question a déjà fait et continue de faire
l’objet de nombreuses recherches, dans l’espoir
d’améliorer toujours davantage le traitement des
personnes victimes de traumatisme cranio-encéphalique.
